Dossier coordonné par Hélène Mulot

Contributions de Olivier Le Deuff, Lionel Maurel, Louise Merzeau, Muriel Almayrac, Marion Carbillet, Hélène Mulot et Solène Font


La notion de Communs est récente à l’école. Sur les blogs de professeurs documentalistes, la notion date de 2012, suite à la création du collectif SavoirsCom1. Les Communs, ce sont des activités organisées collectivement par une communauté selon un mode de gestion qu’elle définit elle-même, afin de gérer, valoriser et protéger des ressources. Les biens communs peuvent être matériels (un jardin partagé, une rivière, l’eau…) ou immatériels (Internet, une connaissance, un logiciel…). Face aux risques de destruction ou d’épuisement, le choix est fait d’une gestion « en commun ». Dans l’enseignement, nous parlons des Communs de la connaissance, en particulier numériques. En donnant la parole à différents acteurs, nous vous proposons dans ce dossier un aperçu des enjeux liés aux Communs et les déclinaisons possibles au CDI.

À LA SOURCE DES COMMUNS DE LA CONNAISSANCE
Les racines documentaires de la mise en commun : entre information et communication

Olivier Le Deuff est Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Bordeaux Montaigne, Pessac (33).

Évoquer les racines documentaires des Communs nous replace dans l’histoire longue de l’organisation des connaissances, des travaux et batailles pour améliorer l’accessibilité aux savoirs. En premier lieu, la mise en commun des savoirs passe par son extériorisation, c’està- dire sa transformation sous forme documentaire. Cette étape n’est pas si aisée, tant il est tentant au contraire de privilégier une approche plus confidentielle, basée sur le secret ou l’initiation. La logique des confréries ou des corporations domine. La mise en commun des savoirs est loin d’être une évidence. Bien au contraire, la conservation des savoirs est source de pouvoirs. Les premières bibliographies et autres démarches de rassemblement des savoirs sous forme de bibliographies ou de florilèges constituent une première étape. On songe aux travaux de Conrad Gesner, compilateur infatigable qui rassemble sur des fiches toutes les informations et le savoir, afin de produire des formes encyclopédiques accessibles, car réunies en quelques volumes. De la même manière, les projets de création d’index permettent de nouvelles lectures des oeuvres et constituent des instruments qui facilitent les méthodes d’accès au savoir par de nouveaux types de consultation qui évitent la lecture exhaustive. Bien sûr, les cahiers d’étudiants qui compilent des notes, les lieux communs, sont des exemples de cette volonté de rassembler, mais ils sont souvent à portée plutôt individuelle initialement. Seuls les plus avancés transforment la compilation en nouvelle oeuvre comme ce sera le cas pour les Essais de Montaigne par exemple.

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