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mercredi 8 février 2017

La Joie de lire fête ses trente ans !

Entretien avec Francine Bouchet, par Isabelle Grout

__« La Joie de lire », un joli nom et une belle ambition pour une maison d’édition. Et de l’ambition, de la passion, il en fallait à Francine Bouchet, l’éditrice, pour reprendre en 1981 la librairie fondée à Genève en 1937 par Paul Robert, l’une des premières spécialisée en littérature jeunesse, et en faire la maison d’édition que l’on connaît aujourd’hui, foisonnante d’idées, de talents et d’ouvrages primés.__

La Joie de lire, c’est donc déjà une belle et longue histoire. J’ai l’impression étrange de l’avoir toujours connue. C’est souvent comme cela avec les institutions qui s’installent tranquillement dans votre paysage, et dont les productions vous accompagnent. Qu’importe l’âge du lecteur et la taille de la maison, pourvu que le livre soit beau et inattendu. L’audace en la matière est rarement l’apanage des grands. « Audace », l’un des mots d’ordre de Francine Bouchet : « audace, qualité, créativité, originalité », avec comme valeurs affirmées « aiguiser les curiosités, montrer les multiples possibles de l’art, et éduquer le goût dès le plus jeune âge », ce dont elle ne s’est jamais départie.

Ses premières publications seront des documentaires novateurs et expérimentaux : un premier titre Corbu comme le Corbusier, qu’elle signe avec Michèle Cohen et Michel Raby, suivi, en 1988, d’une première collection, Connu-méconnu, tout de suite remarquée et déjà récompensée par le prix Saint-Exupéry pour Mozart, de Christophe Gallaz (texte) et Georges Lemoine (illustrations). Parallèlement, la même année, elle creuse la veine littéraire en créant la collection Récit, où trouveront place à la fois des auteurs de proximité, suisses francophones comme Anne-Lise Grobéty et Eugène, et des auteurs étrangers de renom : les Italiens Gianni Rodari et Béatrice Masini, le Basque Bernardo Atxaga, l’Allemande Jutta Richter, la portugaise Alice Vieira ou le Franco-Algérien Azouz Begag, dont le livre La Force du berger, remporte le Prix européen de la littérature jeunesse. Coups d’essai, coups de maître. C’est que la petite maison d’édition voit grand, et loin, la passion des livres et de la lecture n’ayant pas de frontières. Et elle a raison. Dès le départ, elle attire à elle de grands noms, qui vont certes asseoir sa réputation, mais qu’elle va aussi permettre de (re)découvrir sous un jour inattendu, alliant le souci de « transmettre un patrimoine culturel » et celui de créer quelque chose de nouveau.

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lundi 24 mars 2014

Didier Daeninckx : Meurtres pour mémoire

Sandrine Leturcq, professeure documentaliste au lycée Voltaire, Orléans-la-Source (45)

À l’occasion de notre projet Voix du Maghreb (cf. p. 16 de ce numéro), nous avions eu le plaisir d’accueillir l’écrivain Didier Daeninckx toute une journée. Cette rencontre a nourri un échange très riche entre l’écrivain, les élèves et les quelques intervenants présents.

Un élève : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire Meurtres pour mémoire ?
Didier Daeninckx : Ce qui m’a poussé à écrire Meurtres pour mémoire, c’est une partie de ma vie. J’ai bientôt 62 ans, donc pendant la guerre d’Algérie j’avais entre 9 et 13 ans. Si cette guerre se passait principalement sur le territoire de ce qu’on appelait les départements français, certains épisodes ont marqué la France ; beaucoup de villes ont connu des attentats, des bombes ont été déposées, des gens se sont fait tuer. Une sorte de guerre civile a éclaté entre certains Algériens qui n’étaient pas d’accord entre eux. Ils voulaient l’indépendance, mais pas de la même manière ; il y a eu des centaines de morts dans cette guerre qui opposait ce qu’on appelait le FLN, le Front de Libération National, et le MNA, le Mouvement national algérien. C’était une époque extrêmement tendue, dont j’ai des souvenirs d’enfance marquants. J’habitais – et j’habite toujours – à Aubervilliers, dans une cité, et un soir, deux jeunes en scooter n’ont pas répondu à un ordre de la police qui faisait un barrage ; comme ils sont passés sans s’arrêter ils se sont fait tirer dessus, il y a eu des impacts de balles sur la façade de la maison où j’habitais, et les deux jeunes ont été tués. Ils avaient des cheveux un peu bouclés, ils ont été pris pour des Algériens ; c’étaient deux jeunes Italiens qui ont été tués en bas de chez moi. Une autre fois j’étais place de la mairie avec ma mère : on attend le bus, il y a un Algérien qui, dans mon souvenir, était un vieux (peut-être qu’en réalité il avait 30 ou 40 ans) ; il est arrêté par des policiers municipaux qui lui font ouvrir sa valise, puis lui font retirer sa ceinture, si bien que son pantalon tombe : c’est d’une très grande violence quand vous voyez un adulte ainsi déshabillé et d’une certaine manière humilié dans la rue…

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